Laissez les agents de sécurité d’avantage de collaborer aux agents de police

Laissez les agents de sécurité d’avantage de collaborer aux agents de police

OPINION: Jusqu’il y a un an, nous ne nous soucions pas vraiment de notre sécurité. Les attentats de Paris, il y a un an, ont marqué un tournant.

Mercredi 16 novembre 2016 — Depuis lors nous sommes tous à la recherche d'un nouveau sentiment de sûreté et de sécurité. Les militaires dans les rues ne suffisent pas, pas plus que l'augmentation du nombre d'agents de police. Je propose maintenant que nos 16 000 agents de sécurité collaborent d’avantage avec les 40 000 policiers de notre pays. Aujourd'hui encore un tabou idéologique, peut-être que demain cela sera la réalité.

J’étais à Paris au moment des attentats. L'on a immédiatement ressenti la gravité et l’impact de ces attentats mais j'ai tout de même décidé de rester à Paris. J'ai à nouveau souvent dû voyager pour mon travail ces douze derniers mois, mais jamais dans la crainte d'attentats éventuels. Nous devons continuer le cours de notre vie.

Les événements de cette nuit là ont eu un impact sur notre manière de vivre. Nous ne considérons plus la sécurité comme acquise, elle est aujourd'hui en haut de l’agenda sociétal. Notre secteur en a également ressenti les conséquences : nous recevons davantage de demandes d'informations et de demandes d'aide des citoyens et des entreprises. Mais le revers de la médaille est clair : notre secteur est rapidement confronté aux limites de ce que nous pouvons ou ne pouvons pas faire.

Le législateur examine aujourd'hui comment les tâches de sécurité pourraient être mieux réparties entre la police et les agents de sécurité. Il y a déjà un moyen d'enregistrer rapidement des résultats : l'échange d’informations. Les 16 000 agents de sécurité et les 400 patrouilles qui circulent chaque nuit enregistrent tous les jours de nombreuses informations utiles sur la voie publique. Plaques d’immatriculation de voitures suspectes, comportements étranges nécessitant une enquête supplémentaire, etc. Mais aucune base légale ne permet d’exploiter ces informations, ou de les partager avec les forces de police.

Et l’inverse est vrai également. Les agents de police disposent d’informations sur des phénomènes criminels, sur des situations dangereuses ou sur des fugitifs. Il serait déjà bénéfique que ces informations, dans des conditions très strictes, puissent être partagées avec les agents de sécurité. Cela donnerait directement 16 000 paires d'yeux supplémentaires pour observer et partager des informations. Nos agents de sécurité se sentiraient en outre davantage en sécurité, car mieux informés. Quelques projets pilotes le montrent déjà aujourd'hui.

Tout cela nécessite de briser le tabou idéologique selon lequel le maintien de la sécurité serait le privilège exclusif des forces de police régulières. Cela demande également de l’audace de mettre des responsabilités dans les mains de personnes qui n’appartiennent pas aux services de sécurité classiques. Mais cela demande naturellement une gestion, un contrôle et une surveillance stricts de la part du gouvernement.

Dans d’autres domaines également, nous pouvons collaborer plus étroitement. En tant qu'entreprise de sécurité, nous disposons de nombreuses technologies avancées et de compétences que nous pouvons mettre au service de la société. Nous pensons par exemple à une utilisation ciblée des drones et systèmes de caméras mobiles, à la réalisation de sweepings tant sur des lieux (ex. des événements) que sur des objets (ex. les bagages des visiteurs) et à l'utilisation de chiens formés à la détection de drogue et d'explosifs. Cela demande naturellement une certaine dose de confiance et de connaissance de nos compétences. Le législateur a déjà pris quelques mesures en ce sens, mais il peut certainement aller plus loin encore pour moderniser cette législation.

Une politique de sécurité intégrée où tous les acteurs sont impliqués s'avère nécessaire. La police, le secteur de la sécurité privé, les organisateurs d’événements, les initiatives privées, les services d’urgence, ... Une communication optimale, un flux d'information efficace et l'utilisation des technologies modernes sont essentiels. Moderniser la législation et l'adapter en fonction des besoins actuels permettrait de mieux pouvoir collaborer encore.

Cette semaine, exactement un an après les attentats, je dois me rendre à nouveau à Paris. Le monde a évolué, c’est certain, mais nous devons continuer à vivre dans un monde ouvert, multiculturel et favorisant les échanges. La manière d’aborder la sécurité évolue elle aussi. Nous sommes face à une opportunité historique d'améliorer la collaboration entre les différents acteurs de la sécurité. Nous le devons aux victimes des attentats, mais aussi à chaque citoyen qui compte sur un sentiment de sécurité fondamental.

Régis Gaspar, Country President Securitas